Bruit Rose – exposition

● Exposition BRUIT ROSE
Mythologie mitée & tradition poubellaire
Gisèle Kousilku et Ivan Gerfilanium
Du 15 Septembre au 01 Octobre

☞Vernissage le 14 Septembre à 19h00
Visite sur Rendez-vous au 06 86 55 87 01 ou 06 95 32 53 95
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Texte Critique de Günter Babitt

UN BRUIT COLORÉ
Ce n’est pas dans le cercle chromatique que réside le sens de l’œuvre présentée par Gisèle Kousilku et Ivan Gerfilanium, originaires tout deux de Biélorussie, qui ont nommé cette exposition « Bruit Rose ».
Il est plutôt question ici de la densité spectrale des sons, utilisée en acoustique, qui se caractérise parune terminologie de «couleurs ». Le « bruit rose » n’en ai pas pour autant un choix dû au hasard : il est bruit coloré qui se rapproche le plus de la sensibilité de l’oreille humaine, proche des sons naturels
comme les masses d’eau sur les rochers ou le sifflement du vent dans les arbres. Il est aussi un son qui isole, rassurant et familier, constitué des bruits légers du quotidien. Et c’est bien cet aspect que les artistes ont voulu souligner, afin de dénoncer les invasions de sons extérieurs, métaphoriquement associés pour eux à une culture de masse qui n’a plus de barrières, et souhaitant s’en affranchir le temps d’une
exposition.

FOLKLO-DÉPÔT
Claude Lévi-Strauss a établit une analogie entre la pensée mythique et le bricolage : « Le propre de la pensée mythique, comme du bricolage sur le plan pratique, est d’élaborer des ensembles structurés, non pas directement avec d’autres ensembles structurés mais en utilisant des résidus et des débris d’événements. » Faisant du propos de Levi-Strauss un choix esthétique, le duo d’artistes nous proposent une exposition singulière et loufoque, faîte d’un fatras de petits objets confectionnés avec des débris du quotidien, récupérés au gré de leurs déambulations régionales, glanés tantôt sur des lieux de vie désertés, tantôt dans les décharges sauvages de Marseille et formant selon eux une traduction plastique de la Provence et de ses rituels folkloriques.
Ainsi, allant jusqu’à leur faire passer l’épreuve du feu comme un rituel expiatoire, ces objets inspirés du pittoresque provençal se trouvent questionnés, retravaillés, de même que les figures et symboles régionaux traditionnels. Les artistes tentent ainsi de les confronter avec la réalité de l’art contemporain actuel et implorent les dieux d’obtenir un renouveau dans le milieu culturel PACA. De même, leurs créations de petits fétiches rapiécés rappellent la mystique et l’ésotérique païennes, mais amènent aussi l’idée d’une tradition de rites impies comme le carnaval ou les feux de
joie, tentant de donner, comme le disait Bernanos « au pauvre monde l’illusion d’une grossière entente avec l’invisible ».
En s’emparant de l’environnement immédiat et des symboles régionaux traditionnels, ils espèrent mettre en branle une réalité jusqu’alors tenue pour stable et immuable, la soumettant aux secousses de la subjectivité, démolissant les représentations de la culture telle qu’elle est souhaitée par les institutions culturelles locales.