Humo-ludens : une œuvre jouable

L’espace est un parcours semi-aléatoire, un damier de cases de 70cm de côté, séparé par des couloirs d’environ 50cm.  Chaque case est ou contient une œuvre à voir ou une action à effectuer par le joueur. La déambulation du public s’y effectue de case en case par tir au dé.

Chaque case est donc investie par un artiste qui disposait au départ de ces instructions :

Les cases ont pour base un carré de 70cm qui s’élève en une colonne imaginaire jusqu’au plafond, vous êtes libres d’y aménager des cloisons, des ponts, pilotis, tyroliennes… qui aideraient à la traversée de la case. Les cases, la circulation, la mise en scène peuvent être investis de toutes les manières qui entrent dans votre définition intime d’une relation entre l’art et le jeu. Il faudra cependant prendre en compte la simultanéité des différentes activités que les joueurs (les « viveurs ») vont effectuer, les transitions, le déroulement temporel… Il s’agit d’un cheminement dont les modalités de circulation constituent un aspect central du projet.

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Case 1

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Case 2 – Marian Adreani

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Case 4 – La Force Molle

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Case 9 – Agathe Paysant

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Case 9 – Agathe Paysant

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Case 13 – Nora Neko

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Case 11 – Célia Perron

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Case 21

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Case 14 – Mathilde Domecq

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Définition du jeu

  1. Activité d’ordre physique ou mental, non imposée, ne visant à aucune fin utilitaire, et à laquelle on s’adonne pour se divertir, en tirer un plaisir : Participer à un jeu.
  2. Activité de loisir soumise à des règles conventionnelles, comportant gagnant(s) et perdant(s) et où interviennent, de façon variable, les qualités physiques ou intellectuelles, l’adresse, l’habileté et le hasard : Jeu d’adresse. Jeu télévisé. Jeux d’argent. Jeux de cartes. Tricher au jeu.
  3. Ensemble des différents jeux de hasard, en particulier ceux où l’on risque de l’argent : Se ruiner au jeu.
  4. Ensemble des règles qui régissent un divertissement organisé : Se conformer au jeu.
  5. Lieu où se pratiquent certains jeux ; espace délimité où la partie doit avoir lieu : Balle qui est sortie du jeu.
  6. Ensemble des éléments, des instruments nécessaires à la pratique d’un jeu : Les 32 pièces d’un jeu d’échecs. Un jeu de 52 cartes.
  7. Ensemble des cartes, des jetons, des lettres, etc., distribués à un joueur : Montrer son jeu. Avoir un mauvais jeu.
  8. Action ou manière de jouer, de pratiquer un divertissement organisé, un sport, de conduire une partie, un match : Joueur de tennis au jeu puissant. La ligne d’avants a un jeu rapide.
  9. Manière dont un exécutant se sert de son instrument, dont un acteur joue ou interprète un rôle : Le jeu brillant d’un pianiste.
  10. Manière d’agir de quelqu’un, d’un groupe en vue d’obtenir un résultat : Le jeu subtil d’un négociateur.
  11. Action, attitude de quelqu’un qui n’agit pas sérieusement, qui cède au caprice ou à la fantaisie : Contredire son interlocuteur par jeu.
  12. Manière dont quelqu’un use de quelque chose, en particulier de ses moyens physiques, en vue d’obtenir un résultat : Jeu de jambes d’un boxeur.
  13. Littéraire. Ensemble des mouvements des choses ou des êtres produisant un effet agréable ou curieux, ou libre exercice de quelque chose : Le jeu des vagues, de la lumière. Les jeux du rêve.
  14. Mouvement régulier d’un mécanisme d’un organe : Jeu du piston dans le cylindre.
  15. Fonctionnement normal d’un système, d’une organisation, des éléments d’un ensemble : Le jeu de l’offre et de la demande. Par le jeu des circonstances.
  16. Intervalle entre deux pièces, deux surfaces : Il y a trop de jeu.
  17. Latitude laissée à quelqu’un dans son action : Laisser du jeu dans un emploi du temps.
  18. Ensemble d’objets similaires destinés au même usage : Un jeu de clefs.
  19. Droit : Contrat aléatoire par lequel les parties s’engagent réciproquement à un paiement en espèces ou en nature à celle d’entre elles qui obtiendra un résultat dépendant d’un fait à accomplir.
  20. Toute opération financière dont le résultat est indépendant de l’activité de la personne qui l’accomplit.
  21. Mécanique : Dans un assemblage, intervalle séparant les surfaces de deux pièces en regard (jeu positif). [En horlogerie, on dit aussi ébat.]
  22. Dans un serrage, mesure de la déformation des pièces par rapport à leur position à l’état libre (jeu négatif).
  23. Musique :
    1. Totalité des cordes tendues sur un instrument.
    2. Sur un clavecin, ensemble des cordes pincées par une série de sautereaux. (Un clavecin moderne comprend six jeux qui permettent d’obtenir des changements contrastés d’intensité et de timbre.)
  24. Pêche : Ligne de fond munie d’un nombre plus ou moins grand d’hameçons. (S’emploie surtout au pluriel.)
  25. Sports :
    1. Au tennis, division d’un set. (Pour remporter un jeu, le joueur doit gagner, au minimum, quatre points.)
    2. À la pelote basque, chacune des divisions d’une partie.
  26. Manière d’utiliser ou de mouvoir une partie du corps : Un bon jeu de jambes.
  27. Théâtre : Forme dramatique du Moyen-Âge.

 

Notes

Un petit résumé universitaire : Comment Huizinga définit-il le jeu ?

http://abstractstrategygames.blogspot.fr/2010/10/must-read.html

« Sous l’angle de la forme, on peut donc, en bref, définir le jeu comme une action libre, sentie comme « fictive » et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d’absorber totalement le joueur ; une action dénuée de tout intérêt matériel et de toute utilité ; qui s’accomplit en un temps et dans un espace expressément circonscrits, se déroule avec ordre selon des règles données, et suscite dans la vie des relations de groupes s’entourant volontiers de mystère ou accentuant par le déguisement leur étrangeté vis-à-vis du monde habituel. »

Extrait du bulletin numéro 8 de feu la Bibliothèque des Émeutes.

http://arikel.free.fr/aides/jeu/jeu.htm

« La vraie culture ne peut exister sans une certaine teneur ludique, car la culture suppose une certaine modération et une certaine maîtrise de soi, une certaine aptitude à ne pas voir la perfection dans ses propres tendances, mais à se considérer toutefois comme enfermé dans certaines limites librement consenties. La culture sera toujours, en un sens, « jouée », du fait d’un accord mutuel suivant des règles données.
La véritable civilisation exige toujours et à tous points de vue le « fair play » et le « fair play » n’est pas autre chose que l’équivalent en termes ludiques, de la bonne foi. Le briseur de jeu brise la culture même. »

« Le jeu apparaît d’abord comme sans limites. Tout est jeu. Et dans un monde si policièrement dominé par la suprématie du travail, réduire celui-ci à une parenthèse est déjà un bouleversement aux déclinaisons incalculables. Ainsi, par exemple, ce n’est pas le jeu qui a une fonction sociale, mais la société qui a une fonction ludique. Elle n’est qu’un moyen de jouer. Le travail en entier, et en particulier son actuelle prédominance outrancière dans l’activité humaine, peuvent être considéré à la fois comme un jeu en soi et comme une partie d’un jeu. Toutes les considérations théoriques, y compris celles qui passent pour scientifiques, élaborées comme des résultats, ne sont que des éléments ludiques, dont la seule effectivité réside dans un emploi irrationnel et éphémère, utile seulement au jeu de la dissimulation du jeu. Le jeu apparaît surtout, lorsque cette dissimulation est dissipée, comme l’activité proprement humaine, à laquelle quelques hardis coquins de domestiques ont tenté de suppléer substituer une activité commune à tous les animaux, l’activité qui garantit la survie, et qui chez ces domestiques n’est plus immédiate comme chez les animaux, mais est leur spécialité, désagréable et bornée. »

La Réhabilitation du ludique

http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2010.billon-grand_p&part=232518

Tandis que l’historien néerlandais associe le jeu à la compétition, les situationnistes tentent de définir les conditions d’un ludique « pur ». Le jeu, disent-ils, ne devra plus jamais être un instrument de diversion ou un exercice de compétition. Il ne doit plus être pratiqué par désir de fuite ou par attrait d’un gain et/ou d’un mérite mais seulement pour lui-même. Il n’est donc plus un moyen mais une fin en soi. Ce faisant, en cessant d’opposer les individus entre eux, il permet une forme nouvelle d’unité collective. Comme ils l’expliquent, « l’élément de compétition devra disparaître au profit d’une conception plus réellement collective du jeu ». Les situationnistes refusent aussi de cantonner le jeu dans un à-côté de la vie quotidienne pour tenter, au contraire, de les confondre. Comme ils l’affirment, « la distinction centrale qu’il faut dépasser, c’est celle que l’on établit entre le jeu et la vie courante, le jeu étant tenu pour une exception isolée et provisoire »Ils appellent à l’instauration de ce que Vaneigem nomme « l’ère du jeu » : « le jeu, rompant radicalement avec un temps et un espace ludiques bornés, doit envahir la vie entière ». La révolution de l’existence quotidienne commence là : dans la réalisation collective d’un jeu total, dans cette mise en scène active de la vie et du désir, dans ce règne social de l’homo ludens « où chacun, sans exception, pourrait donner libre cours à sa créativité ». Bien entendu, dans la mesure où, comme l’explique Constant, « la libération du potentiel ludique de l’homme est directement liée à sa libération en tant qu’être social », le développement et la pratique de nouveaux jeux ne peuvent être que « lutte et représentation »tant que la révolution n’aura pas permis à la poésie de se réaliser : « lutte pour une vie à la mesure du désir » et « représentation concrète d’une telle vie ». Il annonce la « vraie » vie à venir, toute entière tournée vers l’invention permanente de nouveaux jeux ou de grandes fêtes collectives et la recherche des moyens pratiques de leur réalisation. Alors, comme l’annonce G. Pinot-Gallizio, « tout le nouveau comportement sera un jeu, et chacun vivra toute sa vie par jeu, ne s’intéressant qu’aux émotions obtenues en jouant avec ses désirs, finalement réalisables ». Cette perspective, somme toute, c’est celle que résume le seul véritable mot d’ordre des situationnistes : la création délibérée et permanente de situations à la hauteur de notre désir, c’est-à-dire « la création commune des ambiances ludiques choisies » et « la réalisation continue d’un grand jeu délibérément choisi »